01/04/2010
"Les yeux dans le bleu" - Première hivernale
Il est des voies qui font rêver…
Christophe Dumarest :
" Avant d'imaginer pouvoir y revenir en hiver et bien avant notre première
ascension estivale avec Remi Duhoux en 2007, lorsque nous évoquions
cette ligne ensemble, je me souviens très bien des réactions de mon
imaginaire. Toutes les projections que l'évocation de ces quelques mots ont
pu susciter en moi : « Les Yeux dans le Bleu »... Et les pieds au‐dessus du
spit, c'est un souvenir puissant qui continue d'habiter le grimpeur après un
passage dans cette ligne d'une exceptionnelle beauté de la paroi d'Anterne,
dans la Chaine des Fiz.
Tout y est réuni pour laisser un souvenir puissant au grimpeur : la qualité
du rocher, l'ingéniosité du tracé, le décor alentour somptueux, la sérénité
des lieux, en opposition parfois avec le désordre intérieur que génère la
bataille livrée dans chaque longueur.
Le bonheur partagé ensemble ce jour‐là nous a consciemment ou
inconsciemment conduit à récidiver, mais cette fois‐ci en hiver !
La paroi orientée Est/Nord‐Est, passe à l'ombre en fin de matinée. Nous
savions qu'étant donné la taille des prises, une température trop basse nous
priverait de toute progression. L'orientation de la face soumet le grimpeur
au vent et notamment au vent du Nord, qui doit être inexistant pour assurer
un passage dans ces lieux. Les conditions de neige lors de l'approche, ainsi
que les corniches sommitales qui peuvent être monstrueuses et
menaçantes, sont un autre facteur hivernal à prendre en compte. Enfin le
passage du socle, 150 m de schiste enneigé à franchir avec les gros sacs,
restait une importante interrogation... Outre ces considérations
extérieures, le plus gros doute restait centré sur notre capacité à tenir les
prises en hiver et même si notre entrainement avait été dirigé dans ce sens,
la mythologie de la face et les chutes parfois graves de malheureux
grimpeurs continuaient d'entretenir la machine à fantasmes.
C'est en compagnie de deux autres amis, Pierre et Nicolas, venus nous aider
pour le portage de nos sacs trop lourds que nous nous trouvons au sommet
du couloir, une aide précieuse souvent déterminante dans ce type
d'entreprise...
Après des conditions de neige correctes pour l'approche, le passage du
socle nous donne du fil à retordre et impose un premier hissage. Les points
et autres relais sont ensevelis, introuvables. La traversée de droite à gauche
entre le sommet du socle et le pied de la paroi nous monopolise de manière
intense. Bientôt le premier spit de la longueur, synonyme de notre premier
bivouac est aperçu ! Une longueur est fixée avant la nuit. "
